Les onze membres représentent près de la moitié de la population mondiale, environ 40 % du PIB en parité de pouvoir d'achat, et une part considérable de l'énergie et des matières premières de la planète. Pourtant, ils ne constituent ni une alliance militaire, ni un marché commun, ni une union monétaire. Le sommet de New Delhi a-t-il transformé ce poids statistique en capacité d'action collective ?
Par ESU PartnersA Group | Analyse stratégique | Septembre 2026

👉 L'idée directrice. Le 18e sommet des BRICS s'est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, au Bharat Mandapam, sous la présidence indienne. Les dirigeants des onze membres ont adopté par consensus une Déclaration de New Delhi en 140 points, couvrant la gouvernance mondiale, le commerce, les paiements, l'énergie, l'intelligence artificielle, la sécurité alimentaire, la santé et les conflits internationaux. Plus de 400 réunions ont été organisées dans 30 villes indiennes pendant la présidence[1][2].
☝️ La phrase à retenir : Les BRICS n'ont pas créé de monnaie commune. Ils n'ont pas remplacé le FMI ni la Banque mondiale. Ils n'ont pas établi un nouvel ordre mondial en un week-end. Mais ils ont avancé une série de mécanismes qui, s'ils sont mis en œuvre, pourraient progressivement modifier les rapports de force dans la finance, le commerce et la technologie[3].
140 points La Déclaration de New Delhi couvre la réforme des institutions multilatérales, les paiements transfrontaliers, le commerce, l'IA, la sécurité alimentaire, la santé, le climat, l'espace et les conflits[1]
11 membres : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Iran, Émirats arabes unis, Indonésie et Arabie saoudite. Le groupe le plus large et le plus hétérogène de son histoire, vingt ans après sa fondation[2]
~40 % du PIB mondial En parité de pouvoir d'achat. En PIB nominal, la part est significativement inférieure — un écart qui mesure la distance entre poids démographique et richesse par habitant[4]

👉 Au Bharat Mandapam, un négociateur indien sort d'une session nocturne. Le texte sur le Moyen-Orient a été l'un des passages les plus difficiles à négocier. L'Iran et les Émirats — membres du même groupe — sont sur des côtés opposés du conflit. L'Inde a dû conduire d'intenses consultations pour trouver une formulation acceptable par tous les membres. Le résultat : un appel à la retenue et au dialogue, sans désigner de responsable. C'est le prix du consensus dans un bloc qui inclut des belligérants.
👉 À Pékin, une analyste relit la déclaration. Elle note ce qui n'y figure pas : aucune monnaie BRICS, aucun mécanisme contraignant, aucune alliance de défense. Elle note aussi ce qui y figure : la Payment Task Force, les monnaies locales, l'IA, le BRICS Risk Lab. Elle conclut : « Ce n'est pas un traité. C'est un programme de travail. » Et c'est peut-être plus utile qu'un traité que personne n'appliquerait.
👉 À Bruxelles, un responsable européen parcourt les 140 points. Il cherche le mot « Europe ». Il ne le trouve pas. Il cherche « sanctions ». Il trouve une critique des « mesures coercitives unilatérales » — le langage BRICS pour désigner les sanctions occidentales sans les nommer. Il comprend que l'Europe n'est pas l'adversaire déclaré des BRICS. Elle est simplement absente de leur architecture.
☝️ Trois scènes. Un même texte. Et une question simple : que reste-t-il quand les dirigeants rentrent chez eux ?

👉 New Delhi 2026 n'était pas un sommet ordinaire. Il s'est tenu dans un contexte de tensions simultanées : conflit au Moyen-Orient et perturbation du détroit d'Ormuz, guerre en Ukraine, multiplication des barrières tarifaires, compétition technologique autour des semi-conducteurs et de l'IA, fragilité des routes maritimes et volonté croissante du Sud global de peser sur les règles internationales.
👉 C'est ce contexte qui donne au sommet son importance : les BRICS ne se réunissent plus pour discuter de croissance économique dans un environnement stable. Ils cherchent à construire des mécanismes de coopération dans un monde fragmenté — et c'est beaucoup plus difficile.

☝️ Ces chiffres montrent une puissance de masse. Ils ne montrent pas une cohérence d'action — et c'est précisément là que se situe le défi.

👉 La présidence indienne a réussi ce que beaucoup jugeaient improbable : obtenir une déclaration commune adoptée par consensus malgré les divergences sur le Moyen-Orient, les sanctions et le commerce. L'Inde a travaillé en coulisses pour rapprocher l'Iran et les Émirats, tout en maintenant ses propres relations avec Washington, Moscou et Pékin[3].
👉 La stratégie indienne repose sur un équilibre délicat : défendre le Sud global sans rompre avec l'Occident ; maintenir ses relations avec la Russie ; contenir l'influence chinoise au sein du groupe ; promouvoir ses propres solutions numériques (UPI, Aadhaar) ; et présenter les BRICS comme un instrument de coopération, pas comme une alliance anti-occidentale.
☝️ L'Inde est le seul membre des BRICS qui participe aussi au Quad(avec les États-Unis, le Japon et l'Australie). Cette position lui donne un levier unique — mais aussi une fragilité : le jour où elle devra véritablement choisir entre Pékin et Washington, le consensus BRICS pourrait en souffrir.

Ce que New Delhi a produit de concret

👉 Paiements transfrontaliers. La BRICS Payment Task Force poursuit l'étude de solutions destinées à améliorer l'interopérabilité des canaux de paiement et de messagerie financière. L'objectif est de faciliter des transactions plus rapides, moins coûteuses et plus sûres, notamment en monnaies locales — sans créer de monnaie commune[1][5].
👉 Finance et risque. L'Inde a proposé un BRICS Risk Lab à GIFT City (Gujarat) et les membres ont accueilli les discussions sur un Centre de résilience en matière d'assurance (BIRC). Ces initiatives restent à l'étude[1].
👉 BRICS Central Bank Hub. Dispositif en développement visant à renforcer la coopération entre banques centrales, incluant des exercices de cybersécurité financière[1].
👉 Intelligence artificielle. La déclaration identifie l'IA comme opportunité et défi de gouvernance, avec cinq principes : accès inclusif, sécurité, fiabilité, efficacité énergétique et participation du Sud global à la gouvernance de l'IA[1].
👉 BRICS CONNECT. Plateforme adoptée pour la coopération sur les compétences numériques et l'employabilité, incluant un volet sur les travailleurs de plateforme et la portabilité de la sécurité sociale[1].
👉 Santé. Les membres ont créé un sous-groupe de travail chargé de faire progresser le projet de système intégré d'alerte précoce contre les maladies infectieuses et en ont adopté le mandat[1].
👉 Commerce. Critique des mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales — sans nommer les États-Unis. Soutien au système commercial multilatéral fondé sur l'OMC[2].
👆 Ce qui n'a pas été décidé. Pas de monnaie BRICS. Pas de fonds commun de sécurité alimentaire. Pas de mécanisme contraignant de règlement des différends. Pas de mécanisme commun permettant de répondre aux sanctions ou d'en neutraliser les effets. Pas d'alliance de défense.
☝️ Le consensus est un succès diplomatique. Mais un consensus fondé sur des formulations suffisamment générales pour être acceptées par tous est aussi, par définition, un consensus dont l'application dépend de chaque membre.
👉 Il faut distinguer quatre niveaux, qui ne sont pas la même chose :

☝️Les BRICS peuvent réduire certaines dépendances au dollar. Ils ne sont pas en mesure, à court terme, de le remplacer comme principale monnaie de réserve mondiale. La profondeur des marchés financiers américains, la convertibilité du dollar et la confiance internationale restent sans équivalent.

👉 La Nouvelle banque de développement a approuvé plus de 42 milliards de dollars de financements depuis le début de ses opérations. Elle vise 30 % de prêts en monnaies locales et a reçu des notations favorables de plusieurs agences[6].
👉 Mais l'écart avec les besoins réels et avec la Banque mondiale reste considérable. La NDB ne finance qu'une fraction des infrastructures nécessaires dans les économies membres. Sa capacité à lever des fonds sur les marchés internationaux est limitée par les sanctions touchant la Russie, l'un de ses cinq actionnaires fondateurs à parts égales.
☝️ La NDB ne remplace pas la Banque mondiale. Elle offre une deuxième porte — et dans un couloir où il n'y en avait qu'une, c'est déjà un changement de rapport de force.

👉 La puissance des BRICS repose largement sur leur combinaison de producteurs d'hydrocarbures (Russie, Arabie saoudite, Iran, EAU, Brésil), de grands consommateurs (Chine, Inde, Indonésie), de détenteurs de minerais critiques (Chine, Brésil, Russie, Afrique du Sud) et de grandes routes logistiques.
👉 La déclaration soutient la coopération énergétique, la sécurité alimentaire et une bourse des céréales BRICS — cette dernière restant au stade politique et institutionnel. Elle aborde aussi la stabilité des marchés pétroliers, sans mentionner explicitement l'OPEP+.
👆 Le risque majeur pour les membres africains et les producteurs de matières premières : rester de simples fournisseurs si la transformation industrielle, les infrastructures de raffinage et le transfert technologique ne suivent pas.

👉 La déclaration critique les mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales et soutient le système commercial multilatéral fondé sur l'OMC. Le BRICS Business Forum du 11 septembre a réuni entreprises et investisseurs autour d'un programme centré sur les chaînes d'approvisionnement, le commerce intra-BRICS et le financement des PME[1][2].
👉 Plusieurs secteurs ont été identifiés comme prioritaires pour la coopération : infrastructures, énergie, agriculture et engrais, industrie pharmaceutique, technologies numériques, minerais critiques et logistique. Mais les obstacles restent considérables : barrières douanières entre membres, concurrence industrielle directe (notamment entre la Chine et l'Inde), normes techniques divergentes, contrôles des capitaux et absence de marché intérieur commun.
👉 Le sommet a soutenu la mise en œuvre du programme de travail commun sur les chaînes de valeur et la poursuite du développement du BRICS GVC Action Plan 2026-2030. Celui-ci doit notamment aider les économies émergentes et en développement à accéder aux segments à plus forte valeur ajoutée[1].
👉 Les membres ont également accueilli le Jaipur Consensus, qui prévoit d'étudier la création d'un mécanisme d'escompte de factures destiné à faciliter l'accès des PME au fonds de roulement et au financement du commerce[1].
☝️ Le commerce intra-BRICS représente une part croissante des échanges mondiaux. Mais il reste dominé par les exportations de matières premières et d'énergie. La diversification industrielle et la montée en gamme seront les véritables tests de la coopération commerciale.

👉 L'IA a occupé une place inhabituelle pour un sommet de ce type. La déclaration identifie cinq principes de gouvernance et plaide pour une participation accrue du Sud global dans les instances mondiales de régulation de l'IA[1].
👉 Le dispositif BRICS CONNECT doit renforcer la coopération en matière de compétences, d'employabilité et de nouvelles technologies. La déclaration évoque parallèlement l'accès aux ressources d'IA, leur sécurité, leur fiabilité, leur efficacité énergétique et une meilleure représentation du Sud global dans leur gouvernance[1]. Le sommet a également noté les progrès en matière de télédétection satellitaire pour l'agriculture et le climat.
☝️ La vraie question est de savoir si ces projets produiront des plateformes communes ou seulement une juxtaposition de capacités nationales.

👉 Inde–Chine : rivalité structurelle sur les frontières, l'influence en Asie et les technologies. Xi Jinping était présent à New Delhi — un signal politique fort, mais qui ne résout pas les différends[3][7].
👉 Iran–Émirats : sur des côtés opposés du conflit au Moyen-Orient. L'Inde a dû conduire d'intenses consultations afin d'obtenir une formulation suffisamment générale pour préserver le consensus[3].
👉 Exportateurs vs importateurs d'énergie : les intérêts de l'Arabie saoudite et de l'Inde sur le prix du pétrole ne sont pas alignés.
👉 Confrontation vs non-alignement : la Russie et l'Iranpoussent vers une posture plus frontale envers l'Occident ; l'Inde, le Brésil et l'Indonésie préfèrent le non-alignement.
☝️ Les BRICS savent préserver le dialogue. Ils éprouvent davantage de difficultés à désigner les responsabilités ou à organiser une action collective.


👉 L'Afrique du Sud, l'Égypte et l'Éthiopie siègent désormais à la table. La NDB peut financer des infrastructures. Mais les BRICS ne garantissent pas automatiquement une relation plus équilibrée. Tout dépendra des contrats, du financement, de la transformation locale, du partage des risques et de la création réelle d'emplois.

👉 L'Europe est absente de l'architecture BRICS. Elle n'est ni mentionnée ni ciblée directement. Mais chaque mécanisme qui réduit la dépendance aux systèmes financiers occidentaux, chaque norme technique adoptée sans elle, chaque corridor qui la contourne diminue son influence sans qu'un seul conflit soit déclaré.

👉 La menace la plus réaliste n'est pas la disparition brutale du dollar, mais l'émergence d'un système plus fragmenté dans lequel une part croissante des échanges échappe progressivement aux circuits occidentaux. New Delhi n'a pas accéléré cette tendance de manière spectaculaire — mais elle ne l'a pas freinée non plus.


👉 Les BRICS développent des paiements interopérables, renforcent la NDB, financent des corridors et structurent des chaînes de valeur communes. Le groupe devient un pôle économique opérationnel.
Probabilité ESU : possible, mais nécessite une volonté politique soutenue et un leadership partagé.

👉 Les membres coopèrent secteur par secteur — énergie, paiements, santé, IA— sans monnaie commune ni intégration politique profonde. Les BRICS gagnent en influence mais restent une plateforme flexible.
Probabilité ESU : le plus crédible aujourd'hui. C'est ce que New Delhi a esquissé.

👉 Les rivalités internes, les sanctions, les conflits et la domination chinoise empêchent la réalisation des projets communs. Les BRICS conservent une portée symbolique mais peu de capacité collective.
Probabilité ESU : non négligeable si les tensions Inde-Chine ou Iran-Golfe s'aggravent.

🧠 Lecture ESU. Les BRICS ne sont plus un simple acronyme. Mais ils ne forment pas encore une puissance intégrée. Leur influence repose sur une combinaison exceptionnelle de population, d'énergie, de matières premières, d'industries et de marchés. Leur faiblesse demeure l'absence d'intérêts parfaitement alignés, de mécanismes contraignants et d'infrastructures financières communes suffisamment développées.
Le sommet de New Delhi marque moins la naissance d'un nouvel ordre mondial que l'accélération d'une transition : celle d'un monde dominé par quelques institutions occidentales vers un système plus fragmenté, plus concurrentiel et plus multipolaire. La question n'est plus de savoir si les BRICS pèseront sur ce nouvel équilibre, mais s'ils pourront transformer leur poids collectif en décisions, en capitaux, en infrastructures et en résultats mesurables.

☝️ La présidence passe à la Chine en 2027. Le 19e sommet sera le premier test : New Delhi aura-t-il produit des engagements — ou seulement des communiqués ?

👉 Niveau de certitude. Cet article distingue les décisions opérationnelles adoptées dans la Déclaration de New Delhi, les engagements politiques à portée générale et les analyses prospectives formulées par ESU PartnersA Group. Les chiffres de PIB en parité de pouvoir d'achat sont des estimations FMI ; le PIB nominal des BRICS est significativement inférieur (~27-28 % du PIB mondial).
👉 Informations arrêtées au 15 septembre 2026. Cet article ne constitue ni un avis d'investissement ni une recommandation commerciale.

[1] BRICS New Delhi Declaration, texte officiel (PIB/GoI), 12 septembre 2026 — 140 points, adoptée par consensus, GVC Action Plan, Jaipur Consensus, Payment Task Force, BRICS CONNECT [2] Site officiel de la présidence indienne des BRICS 2026 — thème, programme, membres, pays partenaires [3] Al Jazeera, « BRICS summit 2026: What are the key takeaways? », 13 septembre 2026 — Iran-Émirats, Xi Jinping, Inde médiateur, déclaration commune [4] FMI, World Economic Outlook, avril 2026 — PIB PPA ~40 %, croissance BRICS vs G7, quotas [5] Reuters, « India push BRICS digital currency link despite hurdles », 10 septembre 2026 — paiements transfrontaliers, CBDC, obstacles [6] New Development Bank, rapport annuel — financements approuvés, monnaies locales, notation, membres [7] Atalayar, « BRICS 2026: the Global South seeks to turn its economic weight into political power », 14 septembre 2026 — contexte, 10 pays partenaires, Xi Jinping, Poutine [8] BusinessToday, « BRICS countries have a huge share of the world's population », 11 septembre 2026 — 49,5 % population (source IMF), PIB PPA, commerce

ESU PartnersA Group est un cabinet de conseil stratégique spécialisé dans l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et technologiques en Afrique, APAC et corridors BRICS.
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Article publié par ESU PartnersA Group — Septembre 2026 Durée de lecture estimée : 17 à 20 minutes Mots-clés : BRICS, New Delhi, sommet 2026, Déclaration, Inde, Chine, Russie, paiements, monnaies locales, NDB, intelligence artificielle, énergie, matières premières, Afrique, Europe, dollar, dédollarisation, commerce, sanctions, Sud global