Le dollar demeure la monnaie dominante de la planète. Pourtant, des BRICS aux banques centrales, une transformation discrète modifie déjà les règles du commerce, des réserves de change et des paiements internationaux.
Par ESU PartnersA Group | Analyse stratégique — Juillet 2026
Durée de lecture estimée : 22-24 minutes

‼️ Le dollar reste la monnaie centrale du système financier mondial : il ancre encore 57,8 % des réserves de change officielles et facture l'essentiel du commerce des matières premières. Mais depuis le gel des réserves russes en 2022, un mouvement discret s'accélère : les banques centrales achètent de l'or à un rythme jamais vu depuis 1950, la Chine développe un système de paiement parallèle qui échappe au contrôle américain, et de plus en plus d'échanges se règlent en monnaies locales plutôt qu'en dollars.
☝️ Ce n'est pas un effondrement du dollar. C'est une érosion structurelle et cumulative — la première depuis que le billet vert a pris cette place, il y a plus de soixante-quinze ans.

1. 👉 LE dollar reste dominant — aucune alternative ne dispose de sa liquidité, de sa profondeur de marché ou de son statut de valeur refuge.
2. 👉 Les BRICS construisent des alternatives — BRICS Pay, CIPS, Unit et la NDB développent des infrastructures parallèles, sans chercher à remplacer le dollar du jour au lendemain.
3. 👉 L'or revient au cœur des réserves — les banques centrales en achètent plus de 1 000 tonnes par an, un rythme inédit depuis 1950.
4. 👉 La Chine développe ses propres infrastructures de paiement— le yuan progresse dans les échanges, surtout via CIPS, et le yuan numérique s'impose comme standard technologique.
5. 👉 L'Europe cherche à renforcer l'euro — confrontée aux effets extraterritoriaux des sanctions américaines, elle développe l'euro numérique mais reste freinée par la fragmentation de ses marchés financiers.
6. 👉 Les entreprises devront gérer plusieurs systèmes monétaires— contrats multi-devises, trésorerie fragmentée et complexité juridique croissante.
7. 👉 Le monde évolue vers un système multipolaire — non pas la fin du dollar, mais la fin de son monopole comme seule option par défaut.

Les personnages et les situations qui suivent sont fictifs. Les mécanismes décrits s'inspirent toutefois de dynamiques documentées du mouvement de dé-dollarisation en cours en 2026.
À Ankara, 9 h 15. Une gestionnaire de réserves de la banque centrale turque valide un nouvel ordre d'achat d'or. Ce n'est pas le premier de l'année, ni le dernier prévu au calendrier. La livre turque reste fragile, mais l'or, lui, ne peut être gelé par aucun gouvernement étranger. Elle referme le dossier et en ouvre un autre. La routine a remplacé l'exception.
À Bassora, 11 h 40. Un négociant pétrolier confirme par téléphone les termes d'un contrat avec un raffineur chinois : règlement en yuans, via une banque correspondante à Shanghai. Il y a cinq ans, cette clause aurait semblé exotique. Aujourd'hui, c'est une ligne de plus dans un contrat standard. Il n'y relit même pas la devise.
À Washington, 14 h 20. Un analyste du Trésor américain compile les derniers chiffres du FMI sur la composition des réserves mondiales. La colonne « dollar » recule, doucement, trimestre après trimestre. Il rédige une note qui répète, comme chaque année, que le dollar reste sans rival. Il sait que c'est vrai. Il sait aussi que ce n'est plus tout à fait la même vérité qu'en 2001.
À Shanghai, 16 h 00. Une opératrice bancaire valide l'un des premiers transferts du nouveau système de paiement direct entre la Chine et l'Indonésie, lancé fin avril 2026. Pas de conversion en dollars, pas de passage par une banque correspondante américaine. Juste un QR code, et deux monnaies qui se parlent directement.
🔍 Quatre scènes. Quatre continents. Une seule question sous-jacente : ☝️ combien de temps une seule monnaie peut-elle rester à la fois valeur refuge, unité de facturation universelle et instrument de coercition géopolitique ?
Feuilles de calcul
Chiffre Signification
57,8 %
Part du dollar dans les réserves de change officielles mondiales fin 2024, au plus bas niveau depuis 1994, contre 72 % en 2001. Un recul de plus de 14 points en un peu plus de vingt ans (FMI, données COFER).
1 000+ tonnes
Volume moyen d'or acheté chaque année par les banques centrales depuis 2022, contre environ 473 tonnes par an entre 2010 et 2021 : le rythme d'achat le plus soutenu depuis 1950 (World Gold Council).
≈ 13 %
Part réelle estimée du yuan dans les paiements internationaux si l'on intègre les volumes traités par CIPS, le système chinois parallèle à SWIFT, contre 3 à 4,7 % apparents dans les seules données SWIFT (estimation JPMorgan).
Feuilles de calcul


👉 La bascule décisive remonte au gel, par les pays occidentaux, d'environ 300 milliards de dollars d'actifs de la Banque centrale de Russie après l'invasion de l'Ukraine. L'ampleur de la mesure a produit un effet que peu d'analystes avaient anticipé : elle a démontré à l'ensemble des banques centrales du monde qu'une réserve de change libellée en dollars pouvait être neutralisée par une simple décision politique, sans procédure judiciaire préalable et sans délai.
👉 Ce précédent a agi comme un signal d'alarme systémique. Le gouverneur de la Banque centrale de Turquie a résumé cette nouvelle doctrine en expliquant que son pays cherchait désormais des réserves « qui ne peuvent être gelées par des gouvernements étrangers ». Derrière cette phrase pragmatique se cache un changement de paradigme : la liquidité et la sécurité juridique, longtemps considérées comme indissociables pour les actifs en dollars, se sont brusquement séparées.
☝️ Une obligation du Trésor américain est liquide. Elle n'est plus, pour tous, in saisissable.

👉 L'or occupe une place particulière dans cette recomposition : il n'a pas d'émetteur souverain, pas de risque de contrepartie, et ne peut être gelé par une décision étrangère. Pour un gestionnaire de réserves qui veut réduire son exposition au dollar sans se concentrer sur l'euro, le yen ou le yuan, l'or reste le choix le plus simple à justifier politiquement.
👉 Les chiffres de la dernière décennie sont sans précédent : plus de 1 000 tonnes achetées chaque année par les banques centrales en 2022, 2023 et 2024, avant un ralentissement à 863 tonnes en 2025 — lié à la flambée des prix plutôt qu'à un changement de stratégie. Au premier trimestre 2026, les achats déclarés au FMI sont restés élevés (244 tonnes) malgré des ventes turques ponctuelles.
Feuilles de calcul

🔍 Selon le FMI, la part de l'or dans les réserves des marchés émergents est passée d'environ 15 % en 2010 à environ 25 % en 2026. L'or a déjà dépassé l'euro dans le classement des réserves mondiales. Ce n'est pas l'euro qui recule face à l'or : c'est le dollar.

👉 La progression du yuan illustre bien la difficulté à mesurer ce mouvement. Selon les données officielles de SWIFT, le renminbi ne représentait encore que 3,75 % à 4,7 % des paiements mondiaux fin 2024, loin derrière le dollar et l'euro. Mais cette mesure ne capture qu'une partie de la réalité : elle ignore les volumes qui transitent par CIPS, le système de règlement chinois lancé en 2015, spécifiquement conçu pour fonctionner hors du contrôle américain.
Feuilles de calcul

👉 Dans le financement du commerce international, la progression est plus nette : la part du yuan est passée de près de 2 % en 2020 à 8 % en 2026 selon SWIFT. L'essentiel des 240 milliards de dollars d'échanges commerciaux entre la Chine et la Russie est désormais réglé en yuans ou en roubles.
👉 Le 1er janvier 2026, la Banque populaire de Chine a autorisé les banques commerciales à verser des intérêts sur les soldes en yuan numérique (e-CNY), transformant l'instrument en véritable concurrent des comptes d'épargne. Le système mondial de paiement n'est pas en train de basculer d'un bloc vers un autre : deux infrastructures parallèles — SWIFT et CIPS — coexistent et se renforcent chacune de leur côté.

👉 Depuis la déclaration de Kazan d'octobre 2024, les BRICS ont fait de la sécurisation des paiements transfrontaliers hors juridiction américaine un objectif explicite. En 2026, BRICS Pay est devenu opérationnel : le système intègre le Pix brésilien, le SPFS russe et le CIPS chinois, permettant des règlements directs en monnaies locales entre pays membres, sans transiter par SWIFT.
Le 30 avril 2026, un système de paiement direct entre la Chine et l'Indonésie a été officiellement lancé, autorisant des transactions sans dollar par QR code. Depuis janvier 2026, l'Iran règle l'intégralité de ses exportations pétrolières vers la Chine en yuans.
👉 Parallèlement, les BRICS développent « Unit », un actif de réserve numérique composé à 40 % d'or et à 60 % des monnaies des pays membres. Un programme pilote lancé le 31 octobre 2025 s'appuie sur plus de 6 000 tonnes de réserves d'or cumulées des États membres.

👉 La Nouvelle banque de développement (NDB) des BRICS, dirigée par l'ancienne présidente brésilienne Dilma Rousseff, a approuvé 42,9 milliards de dollars de prêts sur 139 projets depuis 2016. Elle a obtenu une notation AAA supplémentaire en avril 2026, et la Colombie ainsi que l'Ouzbékistan l'ont rejointe comme nouveaux membres.
👉 Son levier le plus stratégique reste l'objectif de fournir 30 % de ses prêts en monnaies locales, réduisant la dépendance au dollar sans confrontation frontale. Comme l'a résumé Dilma Rousseff :
☝️ « Il est nécessaire de trouver des moyens d'éviter le risque de change et la dépendance envers une seule monnaie. »

👉 Il convient de distinguer le processus réel de la rhétorique qui l'entoure. Un rapport du Trésor américain publié en avril 2026 souligne que le dollar ancre encore 88 % des réserves de change officielles et environ 54 % de la facturation mondiale des matières premières — des chiffres que Washington oppose systématiquement aux annonces BRICS.
👉 Comment expliquer l'écart entre les 57,8 % du FMI et les 88 % du Trésor ? La divergence tient aux méthodes de calcul : le Trésor américain intègre les réserves allouées et une estimation des actifs en dollars détenus via des véhicules non déclarés ou des arrangements swap, tandis que le FMI ne comptabilise que les réserves officiellement allouées par devise. Les deux chiffres sont véridiques, mais ils ne racontent pas la même histoire. Le premier mesure une tendance lente ; le second, une prédominance structurelle.
👉 Plusieurs membres BRICS eux-mêmes tempèrent le récit. Le gouverneur de la Reserve Bank of India a déclaré que l'Inde « ne poursuit pas activement la dé-dollarisation ». Le Brésil a rejeté l'idée d'une monnaie commune BRICS en février 2025. Le ministre indien des Affaires étrangères S. Jaishankar a rappelé que le dollar comme monnaie de réserve reste, selon lui, une source de stabilité économique mondiale utile à tous.
☝️ Le message est clair : même ceux qui construisent les alternatives ne veulent pas d'un effondrement du dollar. Ils veulent un système où le dollar est l'une des options, et non plus l'option par défaut.

👉 Si la dé-dollarisation progresse, elle ne s'accompagne d'aucun effondrement du billet vert. Le dollar conserve des atouts structurels que nulle autre devise ne peut répliquer à court ou moyen terme.
Feuilles de calcul

🚨 Conclusion : Le dollar ne disparaîtra pas parce qu'il est haï. Il ne disparaîtra que lorsqu'une alternative offrira la même combinaison de liquidité, de sécurité juridique, de profondeur de marché et de stabilité politique. Aujourd'hui, cette alternative n'existe pas. Demain, elle pourrait exister par fragments.

👉 Nul pays n'incarne mieux la dé-dollarisation comme stratégie de survie économiqueque la Russie. Le gel de 320 milliards de dollars de réserves en février 2022 a constitué un tournant structurel irréversible.
Feuilles de calcul

👉 La Russie a vendu l'intégralité de ses obligations américaines, acquis 915 tonnes d'or supplémentaires, et vu la part de l'or dans ses réserves passer de 13 % à 44 %. Ce n'est plus une diversification prudente : c'est une reconstruction monétaire sous contrainte.

👉 Aujourd'hui, plus de 95 % du commerce bilatéral Russie-Chine se règle en yuans et en roubles. Les banques russes, exclues de SWIFT, ont basculé vers CIPS. Une ligne de swapd e 24 milliards de dollars avec la Chine permet des règlements hors du circuit dollar. Les exportations d'hydrocarbures vers l'Inde se négocient en roupies ou en dirhams.

👉 Cette dé-dollarisation forcée n'est pas sans prix : prime de risque élevée sur les emprunts internationaux, dépendance accrue au yuan, réduction drastique de la liquidité internationale, et fuite des capitaux persistante malgré les contrôles.
❗ Verdict : La Russie est le grand gagnant tactique de la dé-dollarisation — elle a prouvé qu'un pays majeur pouvait survivre hors du système dollar. Mais elle en reste le perdant stratégique : plus isolée, plus dépendante de la Chine, et privée d'accès aux technologies et financements internationaux.

👉 Pour l'Union européenne, la dé-dollarisation est un paradoxe structurel. L'euro est la deuxième monnaie de réserve mondiale (≈ 20 %), pourtant la plupart des matières premières stratégiques — pétrole, gaz, GNL, métaux, céréales — continuent d'être négociées en dollars. Même un contrat entre un producteur norvégien et un distributeur allemand se libelle fréquemment en dollars, par habitude et parce que les instruments de couverture y sont plus liquides.
👉 Cette situation expose les entreprises européennes à un double risque : les fluctuations du taux de change euro-dollar, et les effets extraterritoriaux des sanctions américaines. Un paiement transitant par une banque correspondante à New York peut relever de la juridiction américaine, même sans lien direct avec les États-Unis.C'est ce mécanisme qui a contraint de nombreuses entreprises européennes à se désengager de l'Iran après 2018, malgré l'opposition politique de Paris, Berlin et Bruxelles.
A. 🛡️ Les réponses européennes

👉 Bruxelles cherche à renforcer le rôle international de l'euro. La Commission encourage son utilisation dans les contrats énergétiques. La BCE développe l'euro numérique, entré en phase de préparation avancée en 2026, pour préserver la souveraineté monétaire européenne à l'ère des paiements numériques.
👉 L'Union a également tenté de construire des infrastructures autonomes via INSTEX(2019), destiné à permettre des échanges avec l'Iran en dehors du circuit dollar. Mais il est resté sous-utilisé, faute de volume et de volonté politique coordonnée. En 2026, il symbolise plus une intention qu'une réalité opérationnelle.

👉 L'Europe ne dispose pas d'un marché obligataire unique comparable aux bons du Trésor américain. Les dettes souveraines restent fragmentées entre 20 émetteurs nationaux. L'Allemagne émet trop peu pour constituer un benchmark suffisant ; la France émet beaucoup, mais sa situation budgétaire n'offre pas la même sécurité que le full faith and credit américain. L'absence d'obligations européennes communes à grande échelle limite la profondeur financière de l'euro.
À cela s'ajoute une dépendance persistante au dollar dans l'assurance maritime, le transport aérien, la finance internationale et les matières premières. Le Brent se cote en dollars. Le shipping mondial se règle en dollars. Les contrats Airbus sont souvent libellés en dollars pour rester compétitifs face à Boeing.

👉 L'Europe ne cherche pas à remplacer le dollar. Elle cherche à réduire sa vulnérabilité stratégique tout en préservant son alliance transatlantique. Son défi consiste à construire une autonomie financière — un espace où les transactions intra-européennes puissent se dérouler sans exposition systématique à la juridiction américaine.
👉 L'avenir de l'euro dépendra autant de son intégration économique que de sa capacité à devenir une monnaie de référence pour les investissements mondiaux. Tant que les fonds de pension asiatiques préféreront les bons du Trésor aux obligations françaises ou allemandes, l'euro restera une monnaie régionale puissante, mais pas un concurrent global du dollar.
Feuilles de calcul

❗ Verdict : L'Europe est le grand absent actif de la dé-dollarisation. Elle a les moyens théoriques de constituer un troisième pôle monétaire. Elle manque de la volonté politique coordonnée et de l'intégration financière nécessaire. Dans un monde multipolaire, elle risque de devenir un arbitre dépendant : trop proche de Washington pour s'émanciper, trop structurée pour basculer dans le camp BRICS.


👉 L'Afrique du Sud incarne la tension entre rhétorique et réalité. Son ambassadeur aux États-Unis, Ebrahim Rasool, a mis en garde en mars 2025 : ☝️ « Nous devons éviter les actions qui narguent les États-Unis, comme la dé-dollarisation. Même la Chine n'en parle plus. Ce n'est pas viable économiquement. » 60 % du commerce extérieur sud-africain transite encore via le dollar, et une confrontation avec Washington menacerait son accès aux marchés de capitaux.

👉 L'adhésion de l'Égypte aux BRICS en janvier 2024 en fait un hub de dé-dollarisation pour l'Afriquedu Nord et l'Est. Le Premier ministre Mostafa Madbouly a confirmé en juillet 2025 que les BRICS adoptaient de plus en plus les règlements en monnaies locales. Pour le Caire, l'enjeu est triple : réduire la pression sur la livre égyptienne (–50 % entre 2022 et 2024), attirer les investissements chinois sans conversion dollar, et diversifier ses partenariats.

👉 Le Nigeria a lancé l'eNaira, première CBDC continentale. Le Ghana cherche à réduire son exposition au dollar après sa restructuration de dette. L'Éthiopie, la Zambie et la Tanzanie, sorties de restructurations récentes, bénéficient d'une stabilité qui leur permet d'envisager des accords de règlement en monnaies locales.
Cependant, la plupart des économies africaines restent vulnérables à une dé-dollarisation trop rapide : réserves de change faibles (souvent moins de 3 mois d'importations), dépendance aux envois de fonds des diasporas libellés en dollars, absence de marchés de capitaux domestiques liquides, et exposition aux chocs pétroliers et alimentaires.


👉 Troisième économie d'Afrique par ses réserves (plus de 60 milliards de dollars), l'Algérie est historiquement ancrée sur l'euro pour 60 % de ses échanges. Elle développe parallèlement des liens avec la Chine(Belt and Road). Depuis 2023, plusieurs contrats d'infrastructure incluent des clauses de règlement partiel en yuans ou en dinars. La Banque d'Algérie a porté ses réserves d'or à plus de 170 tonnes en 2026. Mais la non-convertibilité du dinar et la faiblesse du secteur bancaire privé limitent l'ampleur réelle de la diversification.

👉 Le Maroc dispose d'atouts uniques : place boursière mature (Bourse de Casablanca), secteur bancaire régionalment intégré, dirham stable. Rabat a signé un accord de swap avec la Chine (15 milliards de yuans) et maintient des relations étroites avec le Golfe. Cependant, 55 % de son commerce extérieur se fait avec l'UE. La dé-dollarisation marocaine reste une stratégie de diversification marginale, non une rupture.

👉 En pleine restructuration de dette et sous tutelle du FMI, la Tunisien n'a guère de marge de manœuvre. Ses réserves ont chuté sous les 8 milliards de dollars en 2024 (moins de 90 jours d'importations). Toute dé-dollarisation affichée serait suicidaire: le pays a besoin du dollar pour financer son déficit, importer céréales et carburant, et rassurer ses créanciers. La Tunisie illustre le paradoxe de la dé-dollarisation: ceux qui en ont le plus besoin en ont le moins les moyens.

👉 En 2025, les économies émergentes ont fait preuve d'une résilience remarquable face aux chocs protectionnistes et géopolitiques. L'assouplissement monétaire généralisé, la faiblesse relative du dollar (–6 % en taux effectif réel) et la baisse des prix du pétrole ont contenu l'inflation et soutenu les entrées de capitaux.
Pour 2026, les perspectives restent favorables mais hétérogènes :
👉 Pour ces économies, la dé-dollarisation est un outil de gestion des risques, pas un choix idéologique. Elle réduit le risque de change et la dépendance à la Fed, mais expose à une appréciation excessive de la devise locale (peso mexicain +16 %, réal brésilien +12 % en 2025) et à une volatilité accrue en cas de retournement des flux de capitaux.

👉 Cette étude repose sur une modélisation qualitative croisant : part du dollar dans les réserves, volume des échanges en monnaies alternatives, prix de l'or, politique de la Fed, et dynamique géopolitique.

🔍 Hypothèses : Le dollar perd 2 à 3 points de part dans les réserves par an. Les accords bilatéraux se multiplient mais restent marginaux à l'échelle mondiale. Le yuan progresse à 8–10 % des paiements. L'or est accumulé à 800–1 000 tonnes par an.
Feuilles de calcul

⏳ Scénario 2 : Accélération structurale (probabilité : 30 %)

🔍 Hypothèses : Un événement catalyseur (crise financière émergente, nouvelle vague de sanctions, ou déploiement massif de BRICS Pay) accélère la dé-dollarisation. Part du dollar sous 50 % d'ici 2028. Yuan à 15 %. Or au-delà de 4 500 milliards de dollars de réserves.
Feuilles de calcul


🔍 Hypothèses : Une crise de liquidité dollar (fermeture des lignes de swap de la Fed, ou effondrement d'un émetteur de stablecoins majeur) provoque un sursaut de demande temporaire mais violent. Les pays ayant dé-dollarisé trop vite se retrouvent sans liquidité dollar pour leurs importations critiques.
Feuilles de calcul

Feuilles de calcul


Les contrats libellés en monnaies locales exigent une gestion du risque de change différente. Les mécanismes de compensation multilatéraux réduisent certains coûts de transaction, mais introduisent une complexité juridique nouvelle lorsque plusieurs systèmes de paiement coexistent sur une même chaîne de valeur.
Secteurs particulièrement impactés :
👉 Pour les investisseurs institutionnels, la diversification vers l'or et les monnaies non occidentales modifie la structure de la demande sur les marchés obligataires souverains. L'or retrouve une fonction de store of value institutionnel qui dépasse son rôle traditionnel de couverture inflationniste.



👉 À Ankara, la gestionnaire de réserves referme son dossier d'achat d'or et en ouvre un autre : la diversification n'est plus une décision ponctuelle, c'est devenu une routine trimestrielle.
👉 À Bassora, le négociant pétrolier confirme un nouveau contrat en yuans, cette fois sans même relire la clause de devise deux fois : ce n'est plus une exception, c'est un standard de marché.
👉 À Washington, l'analyste du Trésor imprime sa note. Le dollar reste sans rival — c'est vrai. Mais il sait que la phrase qu'il écrit chaque trimestre porte, d'année en année, un peu moins de certitude.
👉 À Shanghai, l'opératrice bancaire valide un nouveau transfert vers Jakarta. Le système a fonctionné du premier coup.
☝️ Les empires disparaissent rarement en une journée. Ils s'effacent transaction après transaction, contrat après contrat, réserve après réserve. La dé-dollarisation n'annonce peut-être pas la fin du dollar. Elle annonce surtout la fin d'un monde où une seule monnaie pouvait, à elle seule, organiser la finance, le commerce et une partie de la géopolitique mondiale.
☝️ Car les grandes transformations économiques ne commencent jamais par les discours. Elles commencent par les contrats que plus personne ne remarque.

Cette analyse s'appuie sur des sources institutionnelles (FMI/COFER, Trésor américain, World Gold Council, SWIFT, NDB, ONU/DESA, BNP Paribas Economic Research, Global Sovereign Advisory, BCE, Commission européenne) et des publications spécialisées (JPMorgan, MDPI).
☝️ Elle croise également des travaux académiques, des analyses d'institutions financières internationales et des médias économiques de référence afin de confronter les données, les méthodologies et les interprétations disponibles au moment de la rédaction.
Les estimations de dé-dollarisation doivent être lues comme des ordres de grandeur : les données SWIFT ne capturent qu'une partie des flux transitant par CIPS, ce qui explique les écarts entre chiffres apparents et estimations ajustées. La divergence entre les 57,8 % du FMI et les 88 % du Trésor américain tient à des périmètres de calcul différents. L'étude d'impact est une modélisation qualitative fondée sur l'analyse des tendances structurelles ; elle ne constitue pas une prévision chiffrée certifiée. Cet article ne constitue ni un avis d'investissement ni une recommandation commerciale.
📚 Sources documentaires 🌍 Sources institutionnelles

1. FMI
2. Banque mondiale
🎓 Publications académiques
🏦 Institutions financières
📰 Médias économiques internationaux

ESU Partners SA Group est un cabinet de conseil stratégique spécialisé dans l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et technologiques en Afrique, APAC et corridors BRICS.
📧 Contact : info@esupartnersa.com
🌐 Site web : www.esupartnersa.com
📍 Basé à Bruxelles, Belgique
Article publié par ESU PartnersA Group — Juillet 2026 Durée de lecture estimée : 22-24 minutes
Mots-clés : dé-dollarisation, BRICS, dollar américain, réserves de change, or, BRICS Pay, souveraineté monétaire, CIPS, yuan, SWIFT, NDB, Russie, Afrique, Maghreb, économies émergentes, Union européenne, euro, scénarios macro-économiques, ESU Partners