Par ESU Partners SA Group | Investigation stratégique
Date de publication : Mai 2026
Cet article analyse une recomposition profonde : derrière deux boissons du quotidien, se redessinent des rapports de force économiques, logistiques et géopolitiques qui restructurent les chaînes de valeur agricoles mondiales.
📊 En trois chiffres
+38,8%
Hausse des prix mondiaux du café en 2024 — arabica à son niveau record depuis 1997 à 6,84 dollars le kilogramme, robusta au-dessus de 5 dollars, niveau inédit depuis les années 1970[1]
75%
Part des exportations mondiales de thé vert contrôlée par la Chine seule — avec 429 919 tonnes exportées en 2024, loin devant le Vietnam (84 409 tonnes) et le Japon (14 320 tonnes)[2]
470 Mds$
Valeur totale estimée du marché mondial du café en 2025, dont 370 milliards via les établissements de consommation — une économie plus grande que le PIB de nombreux États[3]
☕ La tasse qui ne coûte plus rien — et qui coûte tout
Dans un café de Hanoi, un entrepreneur local sert à ses clients un robusta cultivé à quelques centaines de kilomètres de là, dans les hauts plateaux du centre du Vietnam. La tasse coûte moins d'un dollar. La scène est banale.
Dans un café de spécialité à Amsterdam, le même robusta — torréfié à Berlin, emballé à Anvers, sélectionné par un "coffee buyer" new-yorkais — se vend 6 euros. L'histoire racontée sur l'ardoise mentionne le nom du producteur, l'altitude de la plantation, les notes aromatiques. La marge, elle, reste à Amsterdam.
👉 Cette scène, multipliée à l'infini sur les cinq continents, résume la logique profonde du marché mondial du café — et, dans une moindre mesure, du thé vert. Ce ne sont plus seulement des produits agricoles. Ce sont des instruments de pouvoir économique déguisés en moments de convivialité.
Et entre 2024 et 2025, le marché a cessé d'être simplement agricole. Il est devenu stratégique.
I. Le café : une matière première sous haute tension

📈 flambée historique et ses causes réelles
En 2024, les prix mondiaux du café ont bondi de 38,8% selon la FAO — leur plus forte hausse depuis plusieurs décennies. L'arabica a atteint en décembre 2024 son record depuis 1997. Le robusta a dépassé 5 800 dollars la tonne à Londres en septembre 2024 — un niveau inédit depuis les années 1970.
Pour les consommateurs européens, la facture a été immédiate : +6,6% aux États-Unis, +3,75% en Europe en décembre 2024 par rapport à l'année précédente[4].
👉 Mais la hausse des prix n'est pas seulement climatique. Elle révèle une structure de marchéprofondément déséquilibrée.
La cause immédiate est connue : le Brésil, premier producteur mondial avec 40% de l'offre totale d'arabica, a subi une sécheresse sévère qui a fait chuter sa production de plus de 10%. Le Vietnam, premier producteur de robusta avec 17% de l'offre mondiale, a enregistré une baisse de 7% liée à un déficit hydrique historique. Les exportations vietnamiennes ont chuté de 50% sur certaines périodes[5].
👉 Mais derrière ces facteurs climatiques, une réalité structurelle s'impose : le marché mondial du café est étroitement contrôlé. Cinq groupes de négoce — Sucafina, Olam, Louis Dreyfus, Volcafé/ED&F Man, ECOM — contrôlent selon certaines estimations jusqu'à 65% des échanges mondiaux de café vert sur les places de New York et Londres[6]. Ils produisent peu. Mais leur pouvoir de fixation des prix reste déterminant.
🚢 La mer Rouge, les douanes américaines et le café
Ce qui s'est passé en 2024-2025 n'est pas isolé. Le café s'est retrouvé au croisement de toutes les tensions géopolitiques mondiales.
👉 Les attaques Houthis en mer Rouge depuis décembre 2023 ont contraint les navires marchands à contourner l'Afrique, rallongeant les délais d'acheminement du café de deux à trois semaines et augmentant les coûts de transport de 35% sur certains axes[7].
👉 La réglementation européenne sur la déforestation (EUDR), applicable depuis 2025, exige désormais une traçabilité complète du café importé — certifiant que sa production n'a pas contribué à la déforestation. Pour les petits producteurs africains et asiatiques, cette exigence documentaire représente un coût considérable. Pour les grands négociants qui ont les équipes de certification, c'est un avantage concurrentiel supplémentaire.
👉 Les droits américains imposés en 2025 sur certains produits brésiliens, dont le café, ont provoqué des semaines de turbulences sur les marchés à terme de New York avant leur retrait partiel[8].
Marco Ferreira (prénom modifié), négociant en café vert basé à Genève depuis vingt ans, résume la situation avec franchise. « En 2020, le café était une matière première agricole. En 2025, c'est un instrument géopolitique. Chaque décision à Washington, chaque sécheresse au Brésil, chaque attaque en mer Rouge impacte directement le prix dans les tasses européennes. »
👉 « Et les producteurs — les petits agriculteurs brésiliens, éthiopiens, vietnamiens — subissent cette volatilité sans en bénéficier. »
💰 La financiarisation : l'argent qui ne touche jamais le sol
Derrière les fluctuations de prix, un phénomène structurel rarement évoqué dans les analyses mainstream : la financiarisation croissante du marché du café.
Sur les places de New York (ICE Futures pour l'arabica) et Londres (LIFFE pour le robusta), le volume de contrats à terme traités dépasse de très loin la production physique réelle. Des fonds spéculatifs, des gestionnaires d'actifs, des banques d'investissement prennent des positions sur le café sans jamais toucher un grain.
👉 Cette financiarisation amplifie la volatilité. Elle crée des boucles de prix déconnectées des réalités agronomiques. Et elle transfère une part croissante de la valeur vers des acteurs financiers plutôt que vers les producteurs.
La valeur de la production mondiale de café s'élève à plus de 20 milliards de dollars par an. La valeur totale des échanges est estimée à plus de 25 milliards de dollars annuellement[9]. Mais l'essentiel de cette valeur se concentre dans les maillons de la transformation, du négoce, du branding et de la distribution — pas dans la production agricole elle-même.
En Éthiopie, les exportations de café représentaient 33,8% de la valeur totale des exportations de marchandises du pays en 2023. Au Burundi, 22,6%. En Ouganda, 15,4%[10]. Des économies entières dépendent d'un marché qu'elles ne contrôlent pas.
🌍 : entre potentiel inexploité et dépendance structurelle
👉 L'Afrique subsaharienne est historiquement le berceau du café — l'Éthiopie en particulier, où la plante pousse encore à l'état sauvage dans les forêts de la région de Kaffa. Elle compte parmi ses rangs plusieurs des producteurs les plus appréciés des torréfacteurs de spécialité mondiaux.
Mais elle reste largement à l'écart de la valeur ajoutée. La plupart des pays africains exportent du café vert brut, confiant la torréfaction, le conditionnement et le branding à des acteurs européens, américains ou désormais asiatiques.
👉 Des initiatives émergent. L'Éthiopie tente de développer sa propre industriede torréfaction nationale. Le Kenya cherche à valoriser localement ses cafésde spécialité réputés, portés par leur terroir d'altitude unique. Le Rwanda et l'Ouganda investissent dans la qualité pour accéder aux marchés premium.
👉 Mais le fossé reste immense entre les aspirations africaines à capturer plus de valeur et les barrières réglementaires, logistiques et financières qui les en empêchent.
II. Le thé vert : la domination silencieuse de l'Asie

⚖️ marché à deux vitesses
👉 Contrairement au thé noir — historiquement structuré autour des anciens circuits commerciaux britanniques reliant l'Inde, le Sri Lanka, le Kenya et l'Europe — le thé vert évolue désormais dans une logique beaucoup plus asiatique et régionale, dominée par la Chine, le Japon et les marchés de consommation d'Asie-Pacifique.
Cette distinction est stratégiquement importante. Elle explique pourquoi le thé vert constitue un levier de souveraineté économique pour l'Asie, là où le thé noir reste davantage soumis aux chaînes critiques d'approvisionnement héritées des circuits coloniaux.
Le marché mondial du thé vert est, en surface, moins spectaculaire que le café. Pas de flambée historique des prix. Pas de financiarisation comparable. Pas de couverture médiatique équivalente.
👉 Mais dans ses profondeurs, il révèle quelque chose de plus fondamental : une domination asiatique totale, construite sur des siècles de savoir-faire, et désormais renforcée par des chaînes de valeur régionales quasi-autonomes.
Les chiffres sont parlants. Le marché mondial du thé représente 6,7 millions de tonnes produites annuellement, avec une croissance de 3,3% par an. La Chine seule produit 49% de la production mondiale, soit 3,25 millions de tonnes en 2023. L'Inde en produit 21%[11].
👉 Pour le thé vert spécifiquement, la concentration est encore plus extrême. La Chine contrôle 75% des exportations mondiales de thé vert avec 429 919 tonnes exportées. Le marché mondial du thé vert était évalué à 15,33 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 29,59 milliards en 2034 — soit une croissance de 6,8% par an[12].
🇨🇳 joue un jeu long
Il y a une façon de regarder le thé vert et de n'y voir qu'un produit de bien-être à la mode, porté par une génération soucieuse de sa santé.
👉 Il y a une autre façon de le regarder : comme un actif stratégique que la Chine contrôle avec une précision remarquable.
Pékin ne laisse pas le marché du thé vert au hasard. Le gouvernement chinois a mis en place des initiatives explicites pour promouvoir la culture du thé à l'international — diplomatie du thé, valorisation du patrimoine immatériel (la culture du thé chinois inscrite à l'UNESCO en 2022), investissements dans les infrastructures de transformation et de conditionnement[13].
👉 Le résultat est une intégration verticale quasi totale. La Chine cultive, transforme, conditionne, marque et exporte. Pour le thé vert, elle fait tout. Et elle contrôle les prix à l'export — avec la capacité d'ajuster les volumes et les qualités selon les marchés cibles.
Yu Wei (prénom modifié), importateur de thé vert chinois basé à Rotterdam depuis quinze ans, observe cette évolution avec une acuité particulière. « Quand j'ai commencé, j'achetais du vrac en Chine et je le reconditionnais ici. C'était rentable parce que la transformation ici ajoutait de la valeur. »
👉 « Aujourd'hui, les exportateurs chinois vendent de plus en plus du produit fini — emballé, labellisé, parfois sous marque propre. Ils veulent capturer toute la chaîne. Et franchement, ils y arrivent. »
🎌 Le Japon et l'Inde : deux modèles alternatifs
Face à la domination chinoise, deux acteurs asiatiques proposent des modèles différents.
👉 Le Japon a fait le choix de l'exclusivité radicale. Sa production de thé vert — essentiellement sencha, gyokuro, matcha — est consommée à 97% sur le territoire national[14]. Les exportations sont faibles en volume (14 320 tonnes) mais très élevées en valeur unitaire. Le matcha japonais est devenu un ingrédient premium mondial, présent dans les chaînes de cafés internationales, les desserts haut de gamme, les cosmétiques.
La stratégie japonaise est claire : pas de volume, mais du prestige. Une rareté organisée qui maintient des prix élevés et une image irremplaçable.
👉 L'Inde joue une autre carte. Ses exportations de café ont doublé en dix ans pour atteindre 1,8 milliard de dollars en 2024[15]. Sur le thé vert, elle monte en gamme, notamment avec ses thés verts du Darjeeling et de l'Assam qui commencent à se positionner sur le segment premium mondial.
👉 Mais l'Indereste tiraillée entre deux ambitions : alimenter les marchés de masse à bas prix et capturer les marchés premium à haute valeur. Cette tension n'est pas encore résolue.
III. L'Europe : dépendance importatrice et bataille du branding

🇪🇺 Le paradoxe européen
👉 L'Europe consomme beaucoup. Elle produit presque rien.
Pour le café, elle représente environ un tiers du marché mondial en valeur, avec les pays nordiques en tête de la consommation par habitant — la Finlande frôle 12 kg par an et par personne. Pour le thé, elle importe massivement depuis l'Asie et l'Afrique de l'Est[16].
👉 Cette dépendance est structurelle. Le continent n'a ni le climat, ni les terres, ni l'histoire agricole pour produire ces denrées. Sa compétitivité repose sur autre chose : la marque, la distribution, le retail, la réglementation.
Et c'est là que le rapport de force se cristallise.
👉 « L'Europe a perdu la production il y a longtemps », observe Hélène Moreau (prénom modifié), consultante en stratégie agroalimentaire basée à Paris. « Ce qu'elle a conservé, c'est le branding et la réglementation. Les grandes marques de café torréfié — Nespresso, Lavazza, Illy, Jacobs — sont européennes. Les standards de qualité et d'étiquetage sont définis à Bruxelles. »
👉 « Le problème, c'est que ce pouvoir s'érode. Les Chinois construisent leurs propres marques de thé vert. Les Brésiliens essaient de se lancer dans la torréfaction. Les startups de café en direct-to-consumer contournent les distributeurs traditionnels. »
📜 La réglementation comme instrument de pouvoir
👉 L'Union européenne a compris que sa force n'est plus industrielle, mais normative. La réglementation européenne sur la déforestation (EUDR), dont l'entrée en application progressive a été reportée — grandes entreprises à partir du 30 décembre 2026, petites entreprises à partir du 30 juin 2027 — exigera une traçabilité complète du café, du cacao et d'autres produits agricoles importés.
👉 En imposant des standards environnementaux élevés, l'Europe fait deux choses simultanément. Elle protège ses valeurs et ses engagements climatiques — ce qui est légitime. Et elle crée des barrières à l'entrée qui avantagent les acteurs capables de les respecter — ce qui est stratégique.
Les petits producteurs africains ou asiatiques qui n'ont ni les ressources ni l'infrastructure pour se certifier sont mécaniquement exclus, ou dépendants d'intermédiaires qui le feront pour eux. Les grands groupes négoce qui ont les équipes de certification gagnent du terrain.
👉 C'est une forme de pouvoir réglementaire qui, paradoxalement, renforce les dépendances des pays producteurs les plus fragiles.
🌱💰 La financiarisation verte : le nouveau verrou
👉 Au-delà de l'EUDR, une couche supplémentaire se superpose progressivement à la chaîne de valeur agricole mondiale : la finance ESG et les marchés carbone.
Les grandes maisons de négoce et les fonds d'investissement cherchent de plus en plus à financer des filières "vertes" — café certifié Rainforest Alliance, thé vert bio, production à faible empreinte carbone. Ces certifications donnent accès à des marchés premium et à des financements à taux préférentiels.
👉 Mais elles créent aussi de nouvelles asymétries.
👉 Obtenir une certification Rainforest Alliance ou Fair Trade peut représenter plusieurs milliers de dollars selon les filières, les audits et les structures de certification — plus des coûts annuels de renouvellement. Pour un petit producteur éthiopien ou kenyan dont les revenus annuels sont inférieurs à ce seuil, c'est une barrière infranchissable sans l'aide d'un intermédiaire — souvent une coopérative, un exportateur, ou un grand groupe agro-industriel[19].
👉 Les marchés de crédits carbone agricoles ajoutent une couche supplémentaire de complexité. Des projets de séquestration carbone dans les plantations caféières africaines sont déjà structurés par des fonds d'investissement européens et américains. La valeur carbone de ces terres est captée — là encore — par des acteurs financiers extérieurs aux pays producteurs.
👉 « La finance verte est en train de faire ce que la finance conventionnelle a fait avec les matières premières agricoles dans les années 1980 », observe un analyste spécialisé dans les marchés agricoles émergents. « Elle crée une nouvelle couche d'intermédiaires entre le producteur et la valeur. Et le producteur, encore une fois, est celui qui a le moins de poids dans la négociation. »
IV. Les BRICS et la recomposition des routes agricoles

🏭 Le contrôle de la transformation : l'enjeu central
👉 La vraie bataille géopolitique autour du café et du thé vert ne se joue pas dans les champs. Elle se joue dans les usines de transformation.
Car c'est là que la valeur se crée. Exporter du café vert brut rapporte une fraction de ce que rapporte exporter du café torréfié sous marque. Exporter du thé en vrac rapporte une fraction de ce que rapporte exporter du matcha en sachet individuel premium.
👉 Les BRICS l'ont compris — même si leurs stratégies diffèrent.
La Chine a opté pour l'intégration verticale totale dans le thé vert. Elle transforme, conditionne, marque, exporte. Et elle pousse désormais ses propres marques sur les marchés internationaux — en Asied'abord, de plus en plus en Afrique et au Moyen-Orient.
👉 La montée progressive des règlements commerciaux en monnaies locales au sein des BRICSpourrait également modifier à terme l'équilibre historiquement dominé par le dollar dans les échanges agricoles internationaux — ajoutant une dimension monétaire à cette recomposition des chaînes de valeur.
Le Brésil cherche à valoriser son café différemment. Face aux prix volatils du café vert, il développe une industrie nationale de torréfaction et un positionnement sur le café de spécialité d'origine single-origin. Ses exportations de café torréfié augmentent, capturant une part plus importante de la valeur.
L'Inde joue sur les deux tableaux — café et thé — avec une stratégie d'exportation montant progressivement en gamme.
La Russie, via ses intérêts croissants en Afrique (notamment au Mali, au Burkina Faso, en Éthiopie via Africa Corps), cherche à sécuriser des corridors logistiques et des relations commerciales dans des zones de production caféière. Non pour transformer directement, mais pour renforcer son influence dans les flux régionaux — une présence qui complique la lisibilité des chaînes d'approvisionnement pour les acheteurs occidentaux.
🛤️ Les nouvelles routes : quand l'Afrique cherche à s'affranchir
L'Éthiopie a posé un acte symboliquement fort : elle a commencé à refuser d'exporter ses meilleures variétés en vrac, cherchant à les torréfier et les conditionner localement avant exportation. Une politique souverainiste sur les matières premières agricoles.
👉 La résistance des acheteurs internationaux a été forte. Les grands négoces n'aiment pas perdre le contrôle de la qualité dans les étapes amont. Mais la tendance est là.
Au Rwanda, une politique délibérée de montée en gamme du café, portée par le gouvernement Kagame depuis les années 2000, a transformé le pays en référence du café de spécialité africain. Les laveries (washing stations) certifiées, les micro-lots, les concours internationaux de qualité : le Rwanda a construit une marque-pays sur le café[17].
👉 C'est un modèle. Pas encore la norme.
V. Le changement climatique : le disrupteur silencieux

🌡️ Des zones de production qui migrent
Le changement climatique ne perturbe pas seulement la production agricole à court terme — il recompose géographiquement les zones de culture à long terme.
👉 Pour le café, les projections sont préoccupantes. Des études convergentes estiment que d'ici 2050, jusqu'à 50% des terres actuellement cultivées en café pourraient devenir climatiquement inadaptées, forçant soit une montée en altitude des plantations, soit une migration géographique vers des zones aujourd'hui inexplorées[18].
Le Brésil, le Vietnam et le Honduras — trois des quatre premiers producteurs mondiaux — sont parmi les pays les plus vulnérables à cette recomposition. L'Éthiopie et certaines régions d'Amérique centrale pourraient au contraire voir leur potentiel de production augmenter.
👉 Pour le thé vert, la situation est similaire. Les régions de haute altitude en Chine, en Inde et au Japon — où les thés les plus prestigieux sont cultivés — sont particulièrement sensibles aux variations de température et de pluviométrie. Le réchauffement modifie les profils aromatiques, la période de récolte et les rendements.
⚙️ L'irrigation, la technologie, l'adaptation
👉 Face à ces défis, les réponses divergent.
Au Brésil, des investissements massifs dans l'irrigation artificielle des plantations caféières modifient progressivement la dépendance aux pluies naturelles. Ces investissements sont coûteux — et accessibles principalement aux grands producteurs.
Au Japon, des programmes de recherche gouvernementaux cherchent à développer des variétés de théiers résistantes aux variations climatiques, tout en préservant les profils gustatifs traditionnels.
En Afrique, les petits producteurs — qui représentent 80% de la production mondiale de café — n'ont généralement ni les ressources ni l'accès au crédit pour s'adapter.
Épilogue — Ce qui se passe dans votre tasse

Dans une usine de conditionnement à Shenzhen, des machines emballent du thé vert en sachets individuels ornés d'un packaging européen — des couleurs sobres, des polices élégantes, un nom à consonance japonaise. Destination : les rayons bio des supermarchés allemands.
Dans une plantation de la région de Oromia, en Éthiopie, un producteur de café arabica regarde les cours à la radio. Ses cerises rouges seront vendues à un prix fixé à New York par des opérateurs qui n'ont jamais vu une plante de café.
Dans un café de Séoul, la génération Zconsomme du matcha frappé comme ses aïeux consommaient du thé noir. La boisson est la même. La chaîne de valeur, elle, est entièrement différente — et contrôlée par d'autres acteurs que ceux qui l'étaient jadis.
👉 Ces trois scènes, simultanées, racontent la même histoire.
Le café et le thé vert ne sont plus de simples matières agricoles mondialisées. Ils deviennent des infrastructures silencieuses du pouvoir économique — des actifs au cœur des nouvelles routes de la sécurité d'approvisionnement, de la souveraineté économique et de la fragmentation commerciale mondiale.
La véritable fracture est désormais entre ceux qui transforment et ceux qui subissent la transformation. Entre ceux qui fixent les standards et ceux qui s'y conforment. Entre ceux qui possèdent la marque et ceux qui fournissent la feuille.
👉 Comme souvent dans l'histoire économique, la valeur ne disparaît pas. Elle change simplement de géographie.
Et dans cette bataille-là, les dés ne sont pas encore jetés.
📑 Note méthodologique
Cet article a été rédigé par ESU Partners SA Group en mai 2026 dans le cadre de sa mission d'investigation stratégique sur les reconfigurations des chaînes de valeur agricoles mondiales.
Sources et vérification :
Les données chiffrées s'appuient sur des sources institutionnelles (FAO, Banque Mondiale, Organisation Internationale du Café) et des analyses de marché sectorielles reconnues. Les projections 2025-2034 sont celles publiées par les instituts d'analyse référencés. Les témoignages ont été reconstitués à partir d'échanges confidentiels avec des professionnels du secteur.
Avertissement :
Cet article constitue une analyse stratégique. Il ne constitue ni un conseil d'investissement ni une recommandation commerciale.
📚 Sources & Références
Sources principales
[1] FAO, "Adverse climatic conditions drive coffee prices to highest level in years" (janvier 2025) ; Organisation Internationale du Café (OIC), Coffee Market Report janvier 2025
[2] FAO, "Current global market situation — Tea" ; USDA Foreign Agricultural Service, "Tea Production and Trade" (2024)
[3] Organisation Internationale du Café (OIC), Annual Review 2024-2025 ; Mordor Intelligence, "Coffee Market Size and Forecasts" (2025)
[4] FAO, "Note sur les tendances du marché mondial du café" (2025)
[5] FAO, ibid. ; USDA, "Coffee World Markets and Trade" (décembre 2024)
[6] Données convergentes : analyses sectorielles négoce café ; Financial Times, "Coffee trading concentration" (2024)
[7] Bloomberg, "Coffee shipping costs Red Sea" (2024) ; OIC, Coffee Market Report (2025)
[8] Trading Economics, "Coffee arabica futures" (mai 2026) ; Reuters, "Trump tariffs Brazil coffee" (2025)
[9] FAO, "Note sur les tendances du marché mondial du café" (2025) — valeur production et échanges
[10] FAO, ibid. — part exportations café dans recettes totales Éthiopie (33,8%), Burundi (22,6%), Ouganda (15,4%)
[11] FAO, "Current market situation and medium-term outlook for tea" (2024) ; Echo du Mardi, "Les principaux pays producteurs et importateurs de thé" (février 2026)
[12] Emergen Research, "Green Tea Market Size and Forecasts to 2034" (2026) ; Zion Market Research, "Green Tea Market" (juillet 2025)
[13] FAO, "Tea market situation and prospects" (2024) — politiques chinoises de promotion du thé
[14] FAO, "Tea global production statistics" — données consommation intérieure Japon (97%)
[15] USDA Foreign Agricultural Service, "India Coffee Export Statistics FY2024"
[16] OIC, "Coffee consumption per capita — European countries" (2025)
[17] Analyses sectorielles convergentes sur le modèle café de spécialité Rwanda ; USAID Rwanda Coffee Program
[18] Banque Mondiale, "Climate-smart agriculture and coffee production" (2024) ; UNCTAD, "Commodities and Development" — projections café et changement climatique
[19] Banque Mondiale, "Smallholder access to certification markets" (2023) ; UNCTAD, "Voluntary sustainability standards in agricultural trade" (2024)
Sources complémentaires consultées
OIC — Coffee Market Reports mensuels 2024-2025 ; FAO Food Outlook — Biannual Report ; USDA PSD Coffee Production Data ; Banque Mondiale Commodity Markets Outlook (janvier 2025) ; Reuters commodity desk ; Financial Times Commodities
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Article publié par ESU Partners SA Group. Reproduction interdite sans autorisation.
Date de publication : Mai 2026
Version : 1.0 — Investigation stratégique
Durée de lecture : 20-22 minutes
Mots-clés : Café, thé vert, routes agricoles mondiales, BRICS, Chine, Brésil, Vietnam, Éthiopie, Afrique, chaînes de valeur, financiarisation, EUDR, changement climatique, géopolitique agricole, Asie-Pacifique, transformation agroalimentaire, souveraineté alimentaire