🥔 🌿 Pomme de terre contre manioc : deux modèles agricoles face au choc climatique mondial
L'une domine les régions tempérées et les chaînes industrielles. L'autre protège les tropiques et les économies rurales. Du champ à l'amidon, deux cultures stratégiques redessinent la sécurité alimentaire mondiale.
Par ESU PartnersA Group | Analyse stratégique | Septembre 2026

👉 L'idée directrice. Il y a huit millénaires, l'homme cherchait sous la terre de quoi survivre. Aujourd'hui, cet ensemble de racines et tubercules nourrit des villes, alimente des usines et fournit des matières premières à l'industrie mondiale. Demain, certaines ne pousseront peut-être même plus dans le sol. Pomme de terre, manioc, patate douce, igname, taro : ensemble, ces racines et tubercules dépassent les 900 millions de tonnes par an — un chiffre que personne ne regarde parce qu'il traverse rarement les frontières. Pourtant, c'est dans cet immense marché invisible que se joue une partie de la sécurité alimentaire, de la souveraineté industrielle et de la résilience climatique du XXIe siècle.
☝️ La phrase à retenir : La véritable compétition n'est pas « pomme de terre contre manioc ». Elle oppose deux capacités économiques : produire suffisamment — et transformer intelligemment. Le pays qui vend une racine vend une matière première. Celui qui en extrait l'amidon, développe ses dérivés et alimente plusieurs industries construit une chaîne de valeur.
📊 En trois chiffres
~390 millions de tonnes Production mondiale de pommes de terre en 2024 (FAOSTAT). La Chine en produit environ 95 millions, l'Inde 57 millions. La pomme de terre est consommée par environ les deux tiers de la population mondiale[1]
~341 millions de tonnes Production mondiale de manioc en 2024 (FAOSTAT). L'Afrique en produit environ 65 %, soit plus de 220 millions de tonnes. Le Nigeria est le premier producteur mondial (~62 Mt), suivi de la RDC (~47 Mt). La Thaïlande figure parmi les acteurs dominants du commerce mondial des produits de manioc[2]
3,1 millions de tonnes Estimation des pertes de pommes de terre en 2026 en Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas, en raison de la sécheresse — auxquelles s'ajoutent 3,6 Mt de production non plantée après l'effondrement des prix en 2025. La production de ces quatre pays pourrait chuter de 27,3 Mt (2025) à 19,5-20,5 Mt[3]
ACTE I — Quand l'homme découvre ce qui pousse sous ses pieds

🏔️ Des Andes à l'Amazonie : deux domestications parallèles

👉 Il y a environ 8 000 ans, autour du lac Titicaca, des communautés andines commencent à domestiquer des pommes de terre sauvages adaptées au froid et à l'altitude. Ce n'est pas un « inventeur » qui découvre la pomme de terre : sa domestication est le résultat du travail de populations autochtones sur plusieurs générations. Plus de 5 000 variétés sont recensées dans le monde, dont plus de 4 000 dans les Andes — berceau génétique de la culture.
👉 De l'autre côté du continent, le manioc est domestiqué dans l'aire amazonienne. Les données génétiques et archéobotaniques situent son origine dans le sud ou le sud-ouest du bassin amazonien, probablement il y a plusieurs millénaires. Là encore, les Européens rencontreront une culture déjà ancienne et maîtrisée.
👆 Et pendant ce temps, à Rome, personne ne mange de pomme de terre. L'Empire romain connaît les céréales, les légumineuses et diverses racines, mais ni la pomme de terre ni le manioc n'ont encore traversé l'Atlantique. La pomme de terre n'arrive en Europe qu'au XVIe siècle, transportée depuis l'Amérique du Sud par les Espagnols.
☝️ L'Amérique latine a donné au monde les deux plantes que nous mettons aujourd'hui face au changement climatique.
ACTE II — Le tubercule embarque

⛵ Première mondialisation du tubercule

👉 Les pommes de terre furent rapidement appréciées des marins lors des longues traversées océaniques, ce qui contribua à leur diffusion internationale. Andes → conquistadors → Espagne → ports européens → navires → reste du monde.
👉 Pour le manioc, le mouvement fut différent : les Portugais l'introduisirent sur les côtes africaines au XVIe siècle, avant son extension progressive à travers l'Afrique puis l'Asie, via les réseaux portugaisd'approvisionnement maritime.
👉 Deux plantes américaines finirent ainsi par devenir, quelques siècles plus tard, des piliers alimentaires africains, européens et asiatiques.
🔒 Du bateau à la ration : le tubercule devient politique alimentaire

👉 Au pénitencier de Millbank, à Londres, la réduction importante des pommes de terre dans les rations au début des années 1820 fut suivie de problèmes sanitaires graves, notamment de scorbut. Les travaux médicaux du XIXe siècle établirent ensuite l'intérêt de la pomme de terre comme source de vitamine C dans les régimes institutionnels.
👉 Avant même de devenir un produit industriel, la pomme de terre était déjà une infrastructure alimentaire — maritime, militaire et carcérale.
☘️ La dépendance : quand une culture vitale devient une vulnérabilité

👉 La famine irlandaise (1845-1852) démontre l'autre face de la médaille. Le mildiou (Phytophthora infestans) fut déterminant, mais la catastrophe résulta aussi de la pauvreté extrême, de la structure foncière, du contexte politique et économique et d'une dépendance alimentaire concentrée sur un nombre limité de variétés. La FAO utilise la famine irlandaise comme exemple de la vulnérabilité liée à une base génétique et culturale insuffisamment diversifiée. La leçon n'a pas été totalement retenue au XXIe siècle.
ACTE III — De la nourriture à l'industrie

🏭 Le marché invisible qui couvre la planète
👉 Nous savons mesurer les exportations de blé, de pétrole ou de soja parce qu'elles traversent massivement les frontières. La pomme de terre et le manioc
fonctionnent différemment. Une grande partie de leur puissance économique ne quitte jamais le pays qui les produit. Elle passe du champ au marché local, du village à la ville, du tubercule à la farine, de la racine à l'amidon.

👉 Un univers agricole comparable par son volume physique aux plus grandes familles de matières premières, mais beaucoup moins visible parce qu'une large part ne traverse jamais une frontière[4].
🍠🌱 Les trois autres cultures : patate douce, igname et taro

👉 L'igname illustre un paradoxe similaire au manioc : production massivement africaine,transformation encore très limitée. La patate douce offre un potentiel nutritionnel et industriel important, notamment les variétés à chair orange riches en bêta-carotène, promues par plusieurs programmes de santé publique en Afrique.

☝️ Une cargaison de blé traversant la mer Noire apparaît dans les statistiques mondiales. Le manioc récolté au Kivu et consommé à Goma n'apparaît presque nulle part — mais il nourrit une population.

🌡️ Deux profils face au climat

🌱 La bataille des semences

👉 La pomme de terre dépend de tubercules-semences sains, souvent certifiés. Le mildiou peut atteindre plusieurs milliards de dollars de pertes annuelles dans les pays en développement. Le manioc est multiplié par boutures — accessible mais vecteur potentiel de maladies.
☝️ Celui qui contrôle les variétés résistantes, les laboratoires et les réseaux de multiplication contrôle une partie de la souveraineté alimentaire.
🏭 La bataille de la transformation — le cœur économique

🥔 Ce que l'Europe fait de sa pomme de terre

👉 Belgique, Pays-Bas, France, Allemagne, États-Unis et Canada ont construit des chaînes de valeur puissantes : frites surgelées, chips, fécule, protéines végétales, alcools industriels. McDonald's, Burger King et les chaînes internationales ont indirectement mondialisé la pomme de terre transformée — ce n'est plus seulement une culture agricole, c'est une matière première de l'industrie mondiale de la restauration.
🇪🇺 Le paradoxe européen : produire moins pour stabiliser le marché

👉 Pendant des décennies, la PAC a développé des instruments pour maîtriser l'offre : quotas, jachères, réduction des soutiens liés aux volumes. La pomme de terre destinée à la production de fécule — et non la pomme de terre alimentaire en général — a été soumise à des quotas européens de 1995/96 à 2011/2012. Les entreprises ne pouvaient pas contractualiser des volumes correspondant à une production de fécule supérieure à leur quota national. L'Europe a donc connu un paradoxe : disposer de la productivité nécessaire pour produire davantage tout en utilisant la politique publique pour éviter de produire trop.
🌿 Ce que l'Afrique ne fait pas encore de son manioc

👉 L'Afrique produit environ deux tiers du manioc mondial, mais ne capte qu'une fraction du potentiel de transformation. La Thaïlande — avec une production bien inférieure — figure parmi les acteurs dominants du commerce mondial des produits de manioc parce qu'elle a construit les usines d'amidon, les séchoirs, les ports et les contrats industriels que l'Afrique n'a pas encore.
La question ESU
☝️ Pourquoi l'Europe sait-elle transformer une pomme de terre en une chaîne de valeur internationale de plusieurs milliards, alors qu'une grande partie de l'Afrique transforme encore insuffisamment ses centaines de millions de tonnes de manioc ? La réponse tient en cinq mots : énergie, froid, routes, crédit, normes.
☝️ L'Europe a parfois payé pour limiter sa capacité productive. Une partie de l'Afrique cherche encore les investissements nécessaires pour exploiter la sienne.
🧪 Une racine, dix industries
👉 L'erreur serait de considérer une tonne de manioc ou de pommes de terre seulement comme une quantité de nourriture. Ce sont aussi des réservoirs d'amidon industriel.

☝️ La prochaine bataille des tubercules ne se jouera pas seulement dans les assiettes. Elle se jouera dans les amidonneries, les laboratoires, les papeteries, les usines textiles et les biotechnologies.
💰 Du champ à l'usine : où se crée réellement la valeur ?

👉 À mesure que la transformation, la formulation et la distribution se complexifient, la valeur unitaire susceptible d'être captée augmente généralement — et l'emploi se déplace du champ vers l'usine. Celui qui reste au stade du produit agricole brut tend à capter moins de valeur par kilogramme que celui qui maîtrise les étapes de transformation, de formulation, de marque et de distribution.
📊 La valeur en dollars : ce que révèlent les marchés

👆 Les fourchettes sont larges parce que les périmètres varient selon les sources : frites seules ou tous produits congelés, amidon natif ou modifié, commerce bilatéral ou réexportations. Les ordres de grandeur montrent surtout que la transformation peut multiplier considérablement la valeur captée par rapport au produit agricole brut. La comparaison exacte entre filières exige toutefois de distinguer commerce international, chiffre d'affaires industriel et taille de marché.
☝️ C'est cette répartition de la valeur — et non le tonnage brut — qui sépare les économies agricoles des économies agro-industrielles.
ACTE IV — La prochaine révolution

🌾 La troisième voie : le teff et la diversification des hauts plateaux
👉 Le teff (Eragrostis tef) est une céréale — pas un tubercule. Mais du point de vue de la sécurité alimentaire et de la diversification, il appartient à la même discussion. Adapté aux hautes terres tropicales (1 300-2 800 m), à cycle court à relativement court selon les variétés, naturellement sans gluten, il ouvre un troisième front : celui d'une céréale d'altitude capable de compléter pomme de terre et manioc.

🇨🇩 L'Est de la RDC : laboratoire potentiel de la diversification alimentaire africaine

👉 La RDC est l'un des premiers producteurs mondiaux de manioc, avec environ 46,6 millions de tonnes en 2024. Mais c'est l'Est congolais qui rend l'analyse particulièrement intéressante : le Nord-Kivu présente des altitudes allant de moins de 800 m à plus de 2 500 m, une forte diversité de microclimats, des précipitations généralement comprises entre 1 000 et 2 000 mm et des sols volcaniques récents notamment entre Goma et Rutshuru. Cette diversité agroécologique ouvre la possibilité de combiner plusieurs systèmes de production plutôt que de rechercher une culture unique.
👉 Des recherches publiées en 2026 portant sur 626 ménages agricoles confirment l'importance des racines, tubercules et bananes dans l'alimentation et les revenus ruraux du Sud-Kivu. L'IITA travaille déjà dans l'Est congolais sur une logique de diversification territoriale — blé à Lubero, manioc vers Beni — dans le cadre du Green Corridor.
La verticale agricole Kivu

👉 On pourrait presque dessiner une spécialisation agroécologique territoriale : Nyiragongo– Rutshuru – Masisi – Lubero – Sud-Kivu.
👆 Certaines hautes terres de l'Est congolais présentent des caractéristiques agroclimatiques comparables aux zones où le teff est cultivé avec succès en Afrique orientale. Elles pourraient constituer un terrain d'expérimentation intéressant, sous réserve d'essais variétaux et de maîtrise du drainage.
La vraie question congolaise

☝️ Pas : « Peut-on produire du manioc et des pommes de terre ? » — on sait que oui. Mais : comment transformer cet avantage agricole en industrie ? Pourquoi la RDC, l'un des grands producteurs mondiaux de manioc, importe-t-elle encore tant de produits alimentaires transformés ?
🇨🇩 Cas ESU — Que pourrait produire une chaîne agro-industrielle du Kivu ?

Les goulets d'étranglement

👉 Chaque filière bute sur les mêmes obstacles : électricité insuffisante ou trop coûteuse, routes impraticables une partie de l'année, stockage inadapté, semences non certifiées, crédit inaccessible aux petits producteurs, laboratoires phytosanitaires rares, équipements de transformation absents.
☝️ La question stratégique pour l'Est de la RDC n'est donc pas : quelle culture choisir ? C'est : quel investissement débloque le plus de valeur ? Un séchoir solaire, une route, un laboratoire de semences, une amidonnerie ou un entrepôt frigorifique peuvent chacun transformer un territoire agricole en territoire agro-industriel.
🌏 Le tour du monde en un tableau

🌎 Amérique latine : le berceau qui se réinvente

👉 Le Pérou conserve la plus grande diversité génétique de pommes de terre au monde — le Centre international de la pomme de terre (CIP), basé à Lima,conserve plusieurs milliers d'accessions de pommes de terre, constituant l'une des plus importantes réserves de diversité génétique de la planète. Le Brésil est simultanément un grand producteur de manioc (~19,1 Mt), un transformateur industriel croissant et un acteur du marché de l'éthanol de manioc. La Colombie et le Paraguay renforcent leurs filières de manioc industriel.
☝️ L'Amérique latine est le continent qui a donné au monde les deux plantes de cet article. Aujourd'hui, elle reste aussi le gardien de leur diversité génétique — un actif stratégique dans un monde où les variétés résistantes au climat deviennent indispensables.
🏜️ MENA : la pomme de terre sous contrainte hydrique


👉 Les États-Unis produisent environ 18,7 millions de tonnes de pommes de terre en 2025, mais leur véritable puissance se situe surtout dans l’aval de la filière. En 2024, près de 65 % de la récolte américaine a été orientée vers la transformation : frites surgelées, chips, produits déshydratés et autres préparations.
👉 En 2025, les ventes de pommes de terre sous toutes leurs formes dans la distribution américaine ont atteint environ 19,9 milliards de dollars, dont près de 9 milliards pour les chips et plus de 3 milliards pour les produits surgelés. Sur la campagne 2025-2026, les exportations américaines de pommes de terre et produits dérivés ont représenté environ 2,17 milliards de dollars.
☝️ Les États-Unis illustrent une réalité centrale de cet article : la puissance économique d’une culture ne se mesure pas seulement en tonnes récoltées, mais en capacité de transformation, de marque, de restauration, de logistique et de distribution.
👉 L'Égypte (~8 Mt), l'Iran (~3 Mt) et l'Algérie (~4,6 Mt) sont d'importants producteurs. Mais dans ces régions, chaque tonne de pommes de terre consomme de l'eau d'irrigation dans un contexte de stress hydrique croissant. La question stratégique n'est plus seulement « combien produire » mais « combien d'eau consacrer à chaque tonne ». Pour les États du Golfe, le choix peut se résumer à production nationale irriguée ou importation — un arbitrage de souveraineté alimentaire contre souveraineté hydrique.
🧑🌾 Quand un tubercule devient culture : l'économie invisible du territoire

👉 En Russie, l'expression « deuxième pain » n'est pas folklorique. La pomme de terre y est un aliment de souveraineté, présent dans les potagers familiaux, les datchas et la cuisine populaire. En septembre 2026, plusieurs régions organisent des festivals consacrés à la pomme de terre, associant gastronomie, traditions et valorisation touristique.
👉 Au Japon, Hokkaidō transforme la pomme de terre en expérience touristique : visites d'usines de chips, récoltes participatives, distillerie de shōchū. En Chine, certaines régions de Mongolie intérieure convertissent les paysages agricoles en attractions touristiques. En Inde, le National Potato Festival associe producteurs, chercheurs, industriels et concours culinaires.
👉 En Afrique et en RDC, ce potentiel reste largement à construire. Une région qui structurerait correctement pomme de terre d'altitude, manioc, café, banane et produits laitiers ne construirait pas seulement une agriculture — elle pourrait progressivement construire une identité gastronomique territoriale.
☝️ La valeur d'une culture ne se mesure pas uniquement à son rendement à l'hectare. Elle se mesure aussi à tout ce qu'un territoire parvient à construire autour d'elle : industrie, gastronomie, emplois, identité et tourisme.
🇧🇷🇷🇺🇮🇳🇨🇳 Les BRICS : trois agricultures dans un même ensemble

👉 Les BRICS élargis réunissent aujourd'hui des pays situés sur pratiquement toutes les grandes chaînes de valeur étudiées dans cet article :
☝️ C'est presque notre article résumé dans un bloc économique. Et cela pose une question géoéconomique : les BRICS peuvent-ils devenir le cadre d'une coopération sur les semences, la transformation et les chaînes de valeur des racines et tubercules ?
🔬 L'aéroponie : quand le tubercule quitte la terre

👉 Le Centre international de la pomme de terre a contribué à diffuser l'aéroponie pour la production de semences : les racines sont suspendues dans l'air et reçoivent eau et nutriments sous forme de brume. En conditions conventionnelles, une plante fournit souvent autour de 5 à 10 mini-tubercules. À Musanze, les résultats récents rapportés se situent autour de 35 à 45 mini-tubercules par plante selon les variétés ; dans d'autres systèmes aéroponiques optimisés, des rendements de 60 à 80 mini-tubercules sont documentés. L'intérêt principal réside surtout dans l'accélération de la multiplication des semences et la meilleure maîtrise des risques sanitaires[5][15].
👉 Le Rwanda utilise déjà cette technologie : le CIP et le Rwanda ont installé dès 2009 une unité pilote à Musanze pour la production de semences de pomme de terre[5].
☝️ Titicaca— il y a 8 000 ans. Musanze — XXIe siècle. Et pourquoi pas demain le Nord-Kivu ?
⚖️ Gagnants et perdants

🧭 Ce que les décideurs doivent surveiller

🔭 2035 : trois futurs possibles

⚙️ Scénario 1 — La continuité

👉 L'Afrique augmente sa production de racines et tubercules, mais la transformation reste limitée. Les tubercules nourrissent davantage, mais créent relativement peu de valeur industrielle. L'écart avec l'Asie et l'Europe se maintient.
🏭 Scénario 2 — L'industrialisation régionale

👉 Nigeria, RDC, Ghana, Rwanda, Kenya et d'autres développent semences, séchage, amidonneries, alimentation animale et transformation. Une partie de la valeur aujourd'hui captée en Asie ou par les importations reste localement. Les BRICS facilitent certains transferts de technologies.
Lecture ESU : scénario le plus créateur de valeur locale, mais fortement conditionné par les investissements dans l'énergie, les routes, le crédit, les semences et la transformation.
🧬 Scénario 3 — La bioéconomie des tubercules

👉 Les filières ne sont plus considérées seulement comme alimentaires : amidons techniques, biomatériaux, pharmacie, textile, papier, fermentation et bioénergie deviennent une deuxième source de demande. La racine n'est plus un aliment — c'est une matière première industrielle polyvalente.
☝️ En 2035, qui vendra encore la racine — et qui vendra la molécule issue de la racine ?

🧠 Lecture ESU. La pomme de terre nourrit vite. Le manioc résiste longtemps. La première exige une infrastructure. Le second peut survivre à son absence. Le teff introduit une troisième logique pour les hautes terres africaines.
Mais lorsque ces cultures deviennent industrielles, elles entrent en concurrence pour le même marché mondial de l'amidon, de la farine, de l'énergie et de l'alimentation animale. Le pays qui vend une racine vend une matière première. Celui qui en extrait l'amidon, développe ses dérivés et alimente plusieurs industries construit une chaîne de valeur.
Pour l'Afrique — et particulièrement pour la RDC — l'enjeu n'est plus seulement de produire davantage. Il est de décider combien d'industries peuvent naître derrière chaque hectare cultivé.
☝️ Au-delà du sol et du climat, c'est surtout l'inégale capacité des territoires à financer, stocker, transformer et distribuer qui détermine la part de valeur qu'ils captent. C'est cette inégalité structurelle qui sépare les économies qui nourrissent de celles qui exportent, et les territoires qui produisent de ceux qui captent la valeur.
👉 Les filières ne sont plus considérées seulement comme alimentaires : amidons techniques, biomatériaux, pharmacie, textile, papier, fermentation et bioénergie deviennent une deuxième source de demande. La racine n'est plus un aliment — c'est une matière première industrielle polyvalente.
☝️ En 2035, qui vendra encore la racine — et qui vendra la molécule issue de la racine ?
🧠 Lecture ESU. La pomme de terre nourrit vite. Le manioc résiste longtemps. La première exige une infrastructure. Le second peut survivre à son absence. Le teff introduit une troisième logique pour les hautes terres africaines.
Mais lorsque ces cultures deviennent industrielles, elles entrent en concurrence pour le même marché mondial de l'amidon, de la farine, de l'énergie et de l'alimentation animale. Le pays qui vend une racine vend une matière première. Celui qui en extrait l'amidon, développe ses dérivés et alimente plusieurs industries construit une chaîne de valeur.
Pour l'Afrique — et particulièrement pour la RDC — l'enjeu n'est plus seulement de produire davantage. Il est de décider combien d'industries peuvent naître derrière chaque hectare cultivé.
☝️ Au-delà du sol et du climat, c'est surtout l'inégale capacité des territoires à financer, stocker, transformer et distribuer qui détermine la part de valeur qu'ils captent. C'est cette inégalité structurelle qui sépare les économies qui nourrissent de celles qui exportent, et les territoires qui produisent de ceux qui captent la valeur.
🥔🌿 Épilogue — Le tubercule et la racine

👉 En Flandre, l'exploitant regarde la météo. Pas de pluie annoncée. Mais l'usine de surgélation fonctionnera — parce que derrière le champ, il y a une chaîne industrielle capable de s'adapter, de s'approvisionner ailleurs et de maintenir ses marges.
👉 Au Kivu, la femme a séché ses racines de manioc sur des pierres plates. Elle n'a pas d'usine, pas de séchoir mécanique, pas de contrat industriel. Mais elle a quelque chose que l'exploitant flamand n'a pas : une culture qui résiste à presque tout — sauf au manque d'infrastructures pour la transformer.
👉 À Musanze, au Rwanda, un technicien vérifie la brume dans une chambre d'aéroponie. Des dizaines de mini-tubercules se forment dans l'air, sans terre, avec un risque sanitaire mieux maîtrisé. Il ne sait pas encore que cette technologie pourrait un jour franchir la frontière et arriver au Kivu.
☝️ L'un a l'usine. L'autre à la racine. Le troisième a la brume. Le monde a besoin des trois. Mais c'est l'écart entre eux — énergie, froid, routes, crédit, normes — qui décide qui mange, qui vend et qui reste au bord du chemin.
☝️ La richesse n'est alors plus seulement sous la terre. Elle se trouve dans la capacité à organiser le territoire, transformer les récoltes et faire circuler la valeur.
📝 Note méthodologique

👉 Les données de production proviennent de FAOSTAT (mise à jour 2024-2025). Les chiffres européens 2026 sont des estimations de l'Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU), 17 septembre 2026 — ils intègrent l'effet combiné de la sécheresse et de la réduction des surfaces plantées. Les données sur l'adaptation africaine proviennent du rapport FAO/AAA Initiative présenté à Rome le 16 septembre 2026. Les informations historiques s'appuient sur la documentation de la FAO, du CIP et de sources académiques. Les scènes sont fictives. Cet article ne constitue ni un avis d'investissement ni une recommandation commerciale.
👉 Informations arrêtées au 19 septembre 2026.
📚 Sources & Références

[1] FAOSTAT, Production: Crops and Livestock Products, 2024— pomme de terre ~390 Mt, Chine 94,8 Mt, Inde 57 Mt, Asie >45 % [2] FAOSTAT / FAO Statistics, données 2024 — manioc 341 Mt, Afrique 65 %, Nigeria 62 Mt, RDC 47 Mt ; Thaïlande premier exportateur mondial de produits de manioc [3] Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU), « Chips are down », 17 septembre 2026 — 3,1 Mt perdues (DE/FR/BE/NL), 3,6 Mt non plantées, pertes 498-818 M€ [4] ef="https://openknowledge.fao.org/server/api/core/bitstreams/23eaa328-ac5a-444e-ac62-80a636acd81f/content">FAO, Agricultural Production Statistics 2024— racines et tubercules 944 Mt mondiales, répartition par espèce [5] PotatoPro, « Aeroponic Technology for Seed Potato Multiplication: A Success Story from Rwanda », septembre 2025 — CIP, Musanze 2009, 35-45 mini-tubercules/plante, taux de multiplication ×10 [6] FAO / AAA Initiative, The State of African Agricultural Adaptation, 2016–2026, présenté le 16 septembre 2026 à Rome — 53 pays, 566 Mds$ besoins adaptation, 80 Mds$ agriculture [7] Grocery Gazette, « Potato shortage threatens higher prices », 18 septembre 2026 — prix belges 0→200+ €/t, allemands 15→240 €/t, production DE/FR/BE/NL 27,3→19,5-20,5 Mt [8] Potatopedia / FAOSTAT, « The Global Potato Market in 2024 », avril 2026 — Europe 52 Mt, Afrique 16,9 Mt, top 10 producteurs, semences, commerce [9] ef="https://cipotato.org/blog/scaling-out-aeroponics-technology-rwanda/">CIP, Scaling out aeroponics technology for potato mini tuber production in Rwanda, 2022 — RAB Musanze, SPF-Ikigega, plus grande installation aéroponique d'Afrique subsaharienne [10] ef="https://www.fao.org/4/x5032e/x5032e06.htm">FAO, Cassava processing — Utilization of cassava products — usages industriels : textile (sizing), papier, adhésifs, cosmétique, pharmacie, glucose, dextrose [11] Mordor Intelligence, « Cassava Starch Market Size, Share & 2030 Trends », juin 2026 — ~5,7 Mds$ en 2025, natif 64 %, modifié en croissance, pharma, textile, papier [12] World's Top Exports, « Potatoes Exports by Country 2025 », juillet 2026 — exportations brutes 6,8 Mds$, transformées/surgelées 17,5 Mds$, Pays-Bas premier exportateur [13] FriesNews / EUPPA, « Frozen French Fries Market 2026 », mai 2026 — UE 7,5 Mt de produits transformés, exportations UE 6,8 Mt / 8,9 Mds€ [14] IndexBox, « FAO Report: Africa's Agricultural Adaptation Needs Hit $566 Billion », septembre 2026 — détail 80 Mds$ agricoles, 22 pays n'isolent pas les coûts [15] PotatoPro, « Aeroponics: Transforming Potato Minituber Production », mars 2026 — historique NASA, CIP, 60-80 mini-tubercules/plante, biosécurité, économie d'eau 95 % [16] Markets and Markets, « Modified Cassava Starch Market Report 2025-2030 », 2025 — 2,52 Mds$ en 2025 → 3,37 Mds$ en 2030, pharma excipients, textile, bioplastiques, clean-label [17] ef="https://www.fao.org/potato-2008/en/potato/history.html">FAO, International Year of the Potato 2008 — History— domestication andine ~8 000 ans, diffusion XVIe siècle, marins, 5 000+ variétés [18] Peter McRorie Higgins, “The Scurvy Scandal at Millbank Penitentiary: A Reassessment”, Medical History, vol. 50, n°4, 2006, pp. 513–534 — analyse des changements de ration à Millbank en 1822–1823, de la forte réduction des pommes de terre et de ses conséquences sur l’apport en vitamine C. “Medical Extracts, No. X. Appearance of Scurvy in the Penitentiary at Millbank”, 1823, vol. 19, n°76, pp. 385–398. [19] ef="https://www.fao.org/4/x5032e/x5032e04.htm">FAO, Cassava — Origin and distribution — domestication amazonienne, introduction en Afrique par les Portugais XVIe siècle [20] Mushagalusa et al., « Roots, tubers and bananas in South Kivu food security », 2026— 626 ménages agricoles, importance des racines et tubercules dans l'alimentation et les revenus du Sud-Kivu [21] IITA, Green Corridor — Est de la RDC — diversification territoriale : blé à Lubero, manioc vers Beni, approche agroécologique [22] Commission européenne, règlement 1868/94 et modifications— quotas de fécule de pomme de terre 1995/96–2011/12, répartition entre États producteurs [23] USDA National Agricultural Statistics Service, Crop Production 2025 Summary / North American Potatoes, janvier-février 2026 — production américaine de pommes de terre 2025 : 413 millions de cwt, soit environ 18,7 Mt, en baisse de 2 % sur un an.
[24] USDA National Agricultural Statistics Service, Potatoes 2024 Summary, septembre 2025 — production 2024 : 421 millions de cwt ; 274 millions de cwt utilisés pour la transformation, soit environ 65 % de la récolte ; 163 millions de cwt destinés aux frites surgelées et autres produits congelés.
[25] Potatoes USA / Circana, U.S. Retail Potato Sales Stay Steady in 2025, 3 mars 2026 — ventes américaines au détail de pommes de terre sous toutes leurs formes : 19,9 Mds$ en 2025.
[26] Potatoes USA, U.S. Potato Export Value Reaches $2.17 Billion in July 2025–June 2026 Marketing Year, 1er septembre 2026 — exportations américaines : 2,99 Mt équivalent poids frais pour 2,17 Mds$ ; produits surgelés : 1,33 Md$.
[27] Potatoes USA, U.S. Frozen Potato Demand Remains Strong, octobre 2024 — les frites figuraient sur 59,6 % des menus de restaurants américains en 2024.
[28] World Bank WITS / UN Comtrade, HS 110814, Thailand Manioc (Cassava) Starch Exports, 2024— exportations thaïlandaises d’amidon de manioc : environ 1,619 Md$ et 3,16 Mt en 2024 ; Thaïlande premier exportateur mondial de cette catégorie douanière.
🏛️ À propos d'ESU PartnersA Group

ESU PartnersA Group est un cabinet de conseil stratégique spécialisé dans l'analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et technologiques en Afrique, APAC et corridors BRICS.
📧 Contact :info@esupartnersa.com 🌐 Site web :www.esupartnersa.com 📍 Basé à Bruxelles, Belgique
Article publié par ESU PartnersA Group — Septembre 2026 Durée de lecture estimée : 25 à 30 minutes Mots-clés : pomme de terre, manioc, teff, sécurité alimentaire, amidon, frites, gari, Afrique, Europe, RDC, Kivu, Nigeria, Belgique, Thaïlande, BRICS, semences, transformation, chaîne de valeur, changement climatique, sécheresse, aéroponie, FAO, FAOSTAT, PAC, industrie